IA et littérature

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Le Temps André Ourednik, 2026, « IA et littérature », in Le Temps, 31 octobre 2026

Le 21 octobre 2026, les éditions du Boréal confirmaient définitivement que l’ouvrage C’était ça ou mourir a été rédigé à l’aide d’une IA. L’ironie du titre n’aura échappé à personne car, au fond, qui peut encore se soustraire à l’usage d’un instrument de production que les milieux économiques imposent désormais jusque dans la formation des écoles de commerce ?

Derrière le cas singulier d’un écrivain, bouc émissaire, se pose une question plus fondamentale : à quoi nous adressons-nous en communiquant avec l’IA ?

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Les LLM sont le résultat direct d’une accumulation d’écrits, produits par l’humanité depuis des millénaires, traités par un algorithme conçu pour résumer leurs régularités statistiques. Autrement dit, en parlant à une IA, c’est avec ce patrimoine écrit que nous communiquons, et non pas avec une entité née de cerveaux de programmeurs géniaux.

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Aucun individu n’invente ni ne détient le langage ; ce dernier n’a de valeur que si d’autres le possèdent au même titre que l’auteur, qui se contente de le réagencer en proposant de nouvelles formulations du réel.

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Un enjeu existentiel traverse l’écriture. Celle-ci sert à se formuler soi-même. Et qu’arrive-t-il lorsqu’on délègue cette quête à l’IA ?

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Une personne devient auteur lorsqu’elle navigue à travers l’espace latent d'un LLM, au même titre qu’un historien est auteur de son exploration d’archives. La question de l’originalité se pose en termes de ce parcours, et non pas des éléments préexistants qu’il traverse.

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La « conscience » d’une IA — sa présence à elle-même — est totalisante, statique. Un LLM est un espace latent, où les positions relatives des mots sont déterminées par leurs relations sémantiques, déduites de leurs concurrences dans un corpus de textes. Une fois le modèle « entraîné », plus rien ne se déplace jusqu’au prochain cycle d’entraînement. Sa « conscience » est immobile. La conscience humaine, elle, est itinérante. Elle accompagne le mouvement du corps, toujours situé dans un ici et maintenant. Et tout l’intérêt, toute l’originalité d’un humain repose sur le chemin parcouru jusqu’au moment de sa prise de parole. Là où la base de données d’une IA propose l’omniscience, l’auteur humain propose une pensée.

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S’il est une différence à signaler, donc, entre un livre écrit à l’aide de l’IA, et un livre basé sur une expérience vécue du corps, c’est qu’avec l’IA, l’auteur ne traverse plus l’univers, mais seulement le simulacre de son modèle numérique.