L’agence fédérale ICE, aux USA, mène actuellement une campagne de déportation voulue massive. Ses effets concrets suggèrent toutefois que son but serait aussi, voire surtout, d’intimider les opposant·e·s politiques du président Trump. Une comparaison des cartes électorales avec celle des activités ICE corrobore cette hypothèse.

Notons en préambule que la carte est compilée à partir de données hétérogènes à l’aide d’algorithmes de datascraping et de NLP par deux étudiants en informatique de la Rice University – la méthodologie exacte reste à vérifier.

Pour un peu de contexte, dans l’histoire récente, le plus grand nombre de déportations a été conduit aux USA sous Barack Obama, avec près de 3 millions de « recent border crossers » déporté·e·s. Sous la présidence Trump, l’attention s’est reportée vers l’intérieur du pays avec, à ce jour, bien moins de cas recensés, mais visant surtout des étrangers intégrés dans la population active et sans casier judiciaire. L’agence ICE a surtout défrayé la chronique de janvier 2026 en tuant deux citoyen·ne·s américains à Minneapolis. Une telle gestion du « problème d’immigration » éveille le soupçon de servir de prétexte au déploiement de milices hypermobiles, dotées d’une logistique de transport et d’un système d’information géographique sophistiqué permettant de localiser les contestataires en se basant sur leurs traces dans les réseaux sociaux. La motilité (aptitude à se déplacer et atteindre son objectif) des acteurs locaux et des milices ICE est inégale. Cette disparité instaure un rapport de pouvoir. Dans son Essai de dromologie de 1977, l’architecte et philosophe Paul Virilio voit dans la vitesse la signature de régimes autoritaires — un art de prendre de court pour dominer — notamment à travers l’exemple des actions de rue menées par les troupes SA dans la république de Weimar.

Qu’en disent les cartes? Comparons celles 1) des activités de l’ICE dans les 90 derniers jour et, 2) des résultats des élections présidentielles Trump/Harris 2024

Activités des milices ICE aux USA dans les 90 derniers jours, au 7 février 2026. Source: icemap.dev. Cette visualisation “extrait des statistiques et des articles provenant des rapports de la salle de presse de l’ICE, des données sur l’immigration du TRAC, ainsi que d’une multitude de sources d’actualités locales et nationales.”
Élection présidentielle Trump (rouge) / Haris (bleu). Source: Born Isopod and voters of the United States of America, CC BY 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by/4.0, via Wikimedia Commons

Un test formel de corrélation spatiale (comme le I de Moran bivarié) reste à calculer, mais tout laisse penser que les raids de l’ICE se focalisent sur les comtés démocrates, y compris dans les états républicains, comme la Floride ou le Texas. Les villes comme Miami, Orlando, Houston ou San Antonio sont visées dans ces cas, du moins d’après les données synthétiques du site icenet.dev.

Un contre-argument en vogue consiste à dire que les comtés démocrates attirent plus de migrants en raison de leur statut fréquent de “villes sanctuaires” et qu’une intervention de l’ICE y serait donc nécessaire. Les cartes ci-dessous suggèrent en effet qu’une telle corrélation existe. Mais en regardant de plus près, on découvre par exemple la très ciblée Minneapolis en accueille nettement moins que les villes de Californie, du Texas, de l’Illinois, de la Floride, ou des états de la côte Est. À moins, cela dit, que l’ICE ne vise spécifiquement les migrants d’origine africaine… Il faudrait en outre expliquer en quoi les migrants présents dans les comtés qui les accueillent volontiers dérangeraient les Américains qui n’y vivent pas, et dont des milliers de miles les séparent. Dans une logique autoritaire, en tout cas, l’administration Trump semble bien décidée à sauver les démocrates d’eux-mêmes et de leurs choix.

Source: Unauthorized Immigrants by Country/Region, Top States and Counties of Residence. Mi-2023. Migration Policy Institute. Méthodologie: statut illégal imputé à partir par recoupement de l’American Community Survey (ACS) 2019-23 et de l’Enquête sur les revenus et la participation aux programmes (SIPP) 2023, 2022 et 2008, pondérées par les estimations de la population immigrée en situation irrégulière pour 2023 fournies par Jennifer Van Hook de l’université d’État de Pennsylvanie.”