La poésie face à la Normalisation: dans le miroir de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie

André Ourednik, Monday, August 20, 2018

Karel Kryl, 1968

Il y a 50 ans, à quelques 300km de la France ou de la Suisse, un évènement a durablement marqué, c’est-à-dire souvent brisé, la vie d’une génération entière. Le 20 août 1968 à 23h, les troupes du Pacte de Varsovie ont franchi les frontières de la Tchécoslovaquie afin de restituer ses habitants, pieds et mains liés, à la féroce médiocrité des apparatchiks de la Normalisation. Près de 300 000 personnes quittent le pays, dont près de 20 000 pour la Suisse qui leur accorde un permis de travail et le remboursement de frais couvrant les premiers mois de leur séjour. Outre un soutien officiel, la population suisse elle-même accueille ces réfugiés. Même dans le “bloc socialiste”, la Yougoslovie, l’Albanie et la Roumanie s’opposent à l’invasion. En pleine guerre du Vietnam, hélas, les tentatives de l’Occident de la condamner par une résolution de l’ONU manquent d’assise morale.

Ici comme ailleurs, la commémoration x-entenaire n’aurait pas plus d’intérêt qu’un marronnier médiatique si elle ne permettait pas de considérer deux choses essentielles.

D’abord, que d’autres générations sont aujourd’hui encore brisées par la même médiocrité, par les mêmes sbires de la vulgarité, par les fayots des régimes de tous bords, les sadiques locaux, les vétilleux, malveillants, hideux profiteurs végétant dans les basses-cours des Afeworki, Assad et co. Que ce que les affreux d’Occident appellent « crise migratoire » n’est que l’aspiration de chaque nouvelle génération à ne pas se laisser briser. Et que cet espoir dépend encore et toujours de notre disposition à l’accueillir et à lui donner sa chance.

Ensuite, que les personnes les plus touchées par les normalisations seront toujours celles dont le travail, c’est-à-dire l’existence sociale, dépend de la possibilité de questionner le statu quo: les chercheurs, les journalistes, les cinéastes, les écrivains, les poètes… L’absence de chars dans nos rues ne doit pas nous bercer dans l’illusion qu’ils se portent bien. Sous prétexte de “démocratisation”  du savoir, la parole d’une scientifique peine toujours plus à se faire entendre dans le tapage conspirationniste des “réseaux sociaux”. Pareillement nocive, l’injonction omniprésente à “simplifier le propos” se propage telle une peste à travers la littérature et le journalisme, donnant presse aux titres à scandale pour bigots indignés, aux floraisons de bons sentiments des romans misérabilistes, aux déplorables sketchs de jeunes amateurs de faits divers, au réalisme asocial des amours ménagères, aux platitudes dignifiées des salons littéraires suivis de près par un journalisme pipi-caca promu par les conseils d’administration des quotidiens les plus diffusés du pays. Chaque année, les Suisses assistent au rituel de licenciement des journalistes présidé par Ringier et Tamedia; au profit des premières pages couvertes de ventriloques et de femmes à barbe.

Tel sont les moyens contemporains de réduire la pensée libre au silence.

Affirmer que cette évolution répondrait seulement aux intérêts du “grand public” est une insulte: quelques extraits de la presse ouvrière du 19e siècle suffisent pour constater que l’écriture de qualité ne s’adresse pas à des snobs élitistes, mais à nous, à nous tous; que la dyslexie présumée du “grand public” est, avant toute chose, un objectif programmatique des fabricants du consentement au service des producteurs de masse. La Normalisation possède plus d’un visage.

Parmi les artistes qui la fuient en 1968 compte Ivan Diviš qui, dans une transe prémonitoire qui précède les évènements de quelques mois, donnait ainsi parole à la mort qui incarne le futur exil de sa terre natale:

Mais à quoi mon garçon

tu dirais quand même volontiers adieu ?

Et au poète de lui répondre :

Je vais me taire et que ça soit une tour

au milieu d’une ville que voir me suffit

Pour redevenir prêt à subir la torture des déguisements

Et me traîner avec plaisir au futur seuil des jauraisdû

À nouveau dans le sillon creux de la boussole de la raison

dans l’arche fantomatique l’essaim des abeilles surbruissant

à nouveau entrer dans le poème dans le masque

et de son intime misère faire effraction dans son intime rien

En finir avec cette langue du père du fils

la maudissant l’aime l’autopoïète périssant par elle

ô cette terre en cerises emportée dans les crânes en fleur

atelier des patriotes rouge rodolphien

chienne de tes amants garce de tes chiens

À toi j’aimerais dire adieu avec toi j’en finirai

Toi la dernière fois j’ai voué au fiel

j’en vois se noyer affreusement parmi les glaces du malheur

ils t’enlevaient à moi t’enlevaient tordirent l’épée et le mot

Truquèrent les balances dupèrent la retraite et l’assaut

toi trahison-aimée mienne toi amour-traître mien

trois pigeonneaux dans le berceau au jabot dégonflé

sainte trinité de la famille aux fils incomptés

Je te transperçais de travers te vis enchiennée

transcreux de pierre conduit transpoussé

Broyée par les grues de ciment enfarinée sans gêne

Je suis le golem au šém en fureur chancelant sur la scène

– Extrait de Thanathea

 

« Il ne peut y avoir de liberté, dira Roland Barthes une dizaine d’années plus tard, que hors du langage… Malheureusement, le langage humain est sans extérieur; c’est un huis-clos. Il ne reste, si je puis dire, qu’à tricher avec la langue, qu’à tricher la langue. Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d’entendre la langue hors-pouvoir, dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle, pour ma part, ‘littérature’. »

Diviš s’inscrit depuis parmi les classiques de la poésie tchèque. Ses vers, aussi denses que ceux de Rilke ou de Paul Celan, sont inconnus de la majorité de ses compatriotes. Mais d’autres, foisonnants de sous-entendus et d’images symboliques, composés dans les mêmes années, ont été non seulement entendus, mais aussi retenus par cœur et chantés en secret par la nation entière pendant plus de quarante ans. Ils ont été écrits par le chansonnier Karel Kryl, exilé lui aussi, jusqu’à son retour à Prague en 1989. En voici quelques-uns traduits en français.

Tak vás tu máme (1968)

Tak Vás Tu Máme

Tak Vás Tu Máme, cliquer sur l’image pour accéder à la vidéo

Vous voilà donc, frères, du sang de Caïn,

messagers de la nuit, qui fléchit dans le dos,

Vous voilà donc, frères, petits-fils de Staline,

mais pas comme hier, cette fois, les lilas seraient de trop*.

Mais merci pour les colombes de la paix en acier 

et merci pour les baisers au goût des amandes amères.

Dans le très cher pays, la foi qu’on assassine,

des cynorhodons sur le chemin, monuments mortuaires.

 

Merci et chaleureuses étreintes

pour la provocation et la fusillade de mineurs.

Comment on disait déjà: “que nos demeures vous appartiennent »; 

la puanteur de plomb des témoins cimetières.

 

Je sais qu’il serait une erreur de cracher sur les mémoriaux,

nous avons de l’espoir, nous étions et nous serons,

 

(en russe:) Un tout grand merci, nos envahissants frères,

Vraiment un merci, vous restez dans nos coeurs

 

* En mai 1945, la population de Prague libérée des nazis offrait des lilas aux soldats soviétiques.

 

[Tak vás tu máme, bratři z krve Kainovy,

poslové noci, která do zad bodá dýku,

tak vás tu máme, bratři, vnuci Stalinovi,

však ne tak jako včera, dnes už bez šeříků,

však díky za železné holubičky míru

a díky za polibky s chutí hořkých mandlí,

v krajině přelíbezné zavraždili víru,

na cestě rudé šípky jako pomník padlých.

Vám poděkování a vřelá objetí

za provokování a střelbu do dětí,

a naše domovy nechť jsou vám domovem,

svědky jsou hřbitovy páchnoucí olovem.

Vím, byla by to chyba – plivat na pomníky,

nám zbývá naděje, my byli jsme a budem,

Большое вам спасибо, братья захватчики,

Спасибо большое, никогда не забудем]

Morituri te salutant (1968)

La route est de la poussière, du gravier et de la terre

et des traces grises qui se dessinent dans les cheveux

elle a un collier de routes stellaires serti de pierres

et des plumes de désir des pégases* aux larges ailes

 

Le route est un fouet, elle est mauvaise comme une putain,

des plaques** dans la main, une ceinture en papier d’alu,

et ses yeux brûlent d’envie, lorsqu’elle jette dans l’inconnu,

deux fragiles brins de glaïeuls*** écarlates.

 

Sergent, le sable est blanc comme le bras de Daniela****

attendez un instant, mes yeux ont aperçu

cette affreusement ancienne seconde de l’oubli

Sergent, un signe de la main, et nous serons bénis

Morituri te salutant

 

Et j’ai poursuivi la route où les ailes des colombes,

s’agitant à terre, remuaient le sable 

et la fanfare jouait l’air des canons qui rassure

et soulève les peluches qu’il s’apprête à détruire.

 

La route est du goudron, de la poussière et de la terre,

l’abeille en laiton du loup-garou, un fusil

rouillé, ma poussière, et de la saleté centenaire 

et d’horriblement immenses nuées de blancheur.

 

Sergent, le sable est blanc comme le bras de Daniela

attendez un instant, mes yeux ont aperçu

cette affreusement ancienne seconde de l’oubli

Sergent, un signe de la main, et nous serons bénis

Morituri te salutant

 

* dans la mythologie grecque, le Pégase symbolise le désir inassouvi

** se réfère probablement aux plaques d’identification militaires (dog tags)

*** les glaïeuls, du latin “glaive” étaient offerts aux gladiateurs qui ont tué leur adversaire dans le cirque

**** Daniela: de l’hébreu: “celui dont seul Dieu est le juge”

 

[Cesta je prach a štěrk a udusaná hlína

a šedé šmouhy kreslí do vlasů

a z hvězdných drah má šperk, co kamením se spíná

a pírka touhy z křídel pegasů.

 

Cesta je bič, je zlá, jak pouliční dáma,

má v ruce štítky, v pase staniol,

a z očí chtíč jí plá, když háže do neznáma,

dvě křehké snítky rudých gladiol.

 

Seržante, písek je bílý, jak paže Daniely

počkejte chvíli, mé oči uviděly

tu strašně dávnou vteřinu v zapomnění

Seržante, mávnou a budem zasvěceni

Morituri te salutant, morituri te salutant…

 

Tou cestou dál jsem šel, kde na zemi se zmítá

a písek víří křídlo holubí

a marš mi hrál zvuk děl, co uklidnění skýtá,

a zvedá chmýří, které zahubí.

 

Cesta je tér a prach a udusaná hlína,

mosazná včelka od vlkodlaka

Rezavý kvér, můj brach a sto let stará špína

a děsně velká bíla oblaka.

 

Seržante, písek je bílý, jak paže Daniely

počkejte chvíli, mé oči uviděly

tu strašně dávnou vteřinu v zapomnění

Seržante, mávnou a budem zasvěceni

Morituri te salutant, morituri te salutant…]

 

Demokracie (1993)

 

La démocratie fleurit, malgré un défaut esthétique

Ceux qui ont volé pendant des années volent deux fois autant aujourd’hui

Ceux qui nous ont tourmenté pendant des décennies, nous virent du travail aujourd’hui

Et de ceux qui chantaient la vérité, aujourd’hui ils ont fait des traîtres

 

La démocratie prolifère, sans nous et pragmatiquement

Nous rouspétons en buvant des bières, comme dans le bon vieux temps

Le curé nous a promis le ciel et attend la fortune

Nous on engraisse le Forbes, pour deux, trois ou cinq mille

 

La démocratie a prévalu, Gott et Walda* nous chantent 

On va bouffer du soja sans saindoux chez l’oncle McDonald

Le roi Wenceslas est copain comme cochon avec les margoulins

Sous le toit du grand parti, on soupera au mangeoire 

 

La démocratie règne de Aš à Humenné

Le velours et la tendresse ont rejoint le Seigneur, et on a perdu les dents

Ils nous ont donné de nouveaux harnais, pour que nos gueules nous brûlent

Nous adoptons des postures, au lieu de nous soulever

 

La démocratie mûrit en ulcères d’estomac

Sans honnêteté, sans droit et surtout sans égards

Et c’est peut-être une bévue privée, ou une illusion d’optique

Mais on dirait qu’elle a un ventre à la place du cœur

Et un gosier à la place de l’âme !

 

[*jeu de mots sur des chanteurs de variété Gott et Walda, et le dictateur Gottwald ]

 

[Demokracie rozkvétá, byť s kosmetickou vadou

Ti, kteří kradli po léta, dnes dvojnásobně kradou

Ti, kdo nás léta týrali, nás vyhazují z práce

A z těch, kdo pravdu zpívali, dnes nadělali zrádce

 

Demokracie prospívá, bez nás a pragmaticky

Brbláme spolu u píva, jak brblali jsme vždycky

Farář nám slíbil nebesa a čeká na majetky

My nakrmíme forbesa, za dvě, či za tři pětky

 

Demokracie zavládla, zpívá nám Gott a Walda

Zbaštíme sóju bez sádla u strejdy McDonalda

Král Václav jedna parta je se šmelinářským šmejdem

Pod střechou velký partaje se u koryta sejdem

 

Demokracie panuje od Aše po Humenné

Samet i něha v pánu je a zuby vylomenné

Dali nám nové postroje a ač nás chomout pálí

Zaujímáme postoje, místo, abychom stáli

 

Demokracie dozrává do žaludečních vředů

Bez poctivosti, bez práva a hlavně bez ohledů

A je to mýlka soukromá snad optického klamu

Že místo srdce břicho má

A místo duše tlamu! ]

PS

Il va de soi que de nombreux citoyens de l’Union Soviétique s’étaient opposés à l’invasion de la Tchécoslovaquie, beaucoup au prix d’une répression comparable à celle que subissent aujourd’hui les opposants du régime Poutine en Russie. Durant l’été 1968, le chanteur Vladimir Vyssotsky compose un véritable hymne à l’autodétermination intitulé la Chasse aux loups. En Russie et en Europe de l’Est, l’animal était vénéré pour sa liberté, mais aussi une proie pour les dirigeants aussi variés que Ceausescu, Gierek, Tito, Brejnev ou Kekkonen, qui se plaisaient à le traquer dans une réserve naturelle située entre la Pologne et la Biélorussie. Aidés par des dizaines de sbires et leur chiens, ils chassaient alors les loups des forêts vers les plaines ouvertes où d’autres agents étaient rassemblés, criant et agitant d’énormes drapeaux avec des images de visages. Les loups étaient paralysés par les drapeaux et les cris et se tenaient debout, stupéfaits, pendant que les chasseurs tiraient. (voir Wolf Hunt: Vladimir Vysotsky and his Guitar Poetry)

J’ai couru à m’en rompre les veines
À en crever, j’ai couru, pourtant
Ils me traquent toujours, ils me traquent
Comme un seul homme, inlassablement.

Ils se planquent, tapis dans les ombres
Contre les arbres, raides, plaqués
Et les loups à la fourrure sombre
Sont les cibles des armes braquées.

Ils vont abattre tous les loups, ils vont abattre!
C’est la chasse aux chasseurs La chasse aux fauves errants
Les cris des rabatteurs, la rage des chiens hurlants
Les drapeaux rouges, et la neige abreuvée de sang.

Ils nous ont entraînés vers leurs trappes
Truffé les bois de traquenards
Et pour que pas un seul fauve ri échappe
Ils ont cerné la forêt d’étendards.

Et pas un loup n’osera les braver
Aveugles chiots, louveteaux tout petits
Dans les tétons des louves on a sucé
La peur sacrée des drapeaux interdits.

Ils vont abattre tous les loups, ils vont abattre!
C’est la chasse aux chasseurs La chasse aux fauves errants
Les cris des rabatteurs, la rage des chiens hurlants
Les drapeaux rouges, et la neige abreuvée de sang.

Crocs acérés, et force dans nos pattes
Pourquoi, ô chef, répondez-nous
Nous fonçons tout droit vers le massacre
Sans tenter de violer le tabou?

Et pas un loup n’osera briser la loi
Mon heure est arrivée, et le voilà
Le fusil que le sort a réservé pour moi
Et le chasseur qui épaule déjà.

Ils vont abattre tous les loups, ils vont abattre!
C’est la chasse aux chasseurs La chasse aux fauves errants
Les cris des rabatteurs, la rage des chiens hurlants
Les drapeaux rouges, et la neige abreuvée de sang.

Oui, j’ai désobéi, transgressé
La soif de vivre a éclaté ma peur
Et, courant, derrière moi j’ai laissé
Les chasseurs et leurs cris de stupeur.

J’ai couru à m’en rompre les veines
À en crever, mais pas comme hier
Ils me traquent toujours, ils me traquent
Hais les mains vides et encore derrière.

Ils vont abattre tous les loups, ils vont abattre!
C’est la chasse aux chasseurs La chasse aux fauves errants
Les cris des rabatteurs, la rage des chiens hurlants
Les drapeaux rouges, et la neige abreuvée de sang.

– Traduction de Bïa Krieger

[Рвусь из сил и из всех сухожилий,
Но сегодня – опять, как вчера, –
Обложили меня, обложили,
Гонят весело на номера.

Из-за елей хлопочут двустволки –
Там охотники прячутся в тень.
На снегу кувыркаются волки,
Превратившись в живую мишень.

Идет охота на волков, идет охота!
На серых хищников – матерых и щенков.
Кричат загонщики, и лают псы до рвоты.
Кровь на снегу и пятна красные флажков.

Не на равных играют с волками
Егеря, но не дрогнет рука!
Оградив нам свободу флажками,
Бьют уверенно, наверняка.

Волк не может нарушить традиций.
Видно, в детстве, слепые щенки,
Мы, волчата, сосали волчицу
И всосали – «Нельзя за флажки!»

Идет охота на волков, идет охота!
На серых хищников – матерых и щенков.
Кричат загонщики, и лают псы до рвоты.
Кровь на снегу и пятна красные флажков.

Наши ноги и челюсти быстры.
Почему же – вожак, дай ответ –
Мы затравленно мчимся на выстрел
И не пробуем через запрет?

Волк не должен, не может иначе!
Вот кончается время моё.
Тот, которому я предназначен,
Улыбнулся и поднял ружьё.

Идет охота на волков, идет охота!
На серых хищников – матерых и щенков.
Кричат загонщики, и лают псы до рвоты.
Кровь на снегу и пятна красные флажков.

Я из повиновения вышел
За флажки – жажда жизни сильней!
Только сзади я радостно слышал
Удивленные крики людей.

Рвусь из сил и из всех сухожилий,
Но сегодня – не так, как вчера!
Обложили меня, обложили,
Но остались ни с чем егеря!

Идет охота на волков, идет охота!
На серых хищников – матерых и щенков.
Кричат загонщики, и лают псы до рвоты.
Кровь на снегу и пятна красные флажков.]

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