le poème dont vous êtes le héros

Traité de l’errance

ou le tractatus métarchique de l’énoncé et de son itinéraire

-aleph

Comme si cela pouvait se déployer du début à la fin, de l'article un à sept, par exemple, avec des sous-chapitres à souhait, et une ligne assassine en guise de point. Comme si l'on avait déjà la parole, comme si la logique pouvait s'extraire du rond néant de son surgissement désireux.

Pour le peu que l'on en pense une, voilà les routes d'aleph à aleph déjà tracées dans quelque image sanctifiée, savante, péremptoire. Tu t'y perdras quoi qu'elle promette. Car l'itinéraire est ce qui ne se contourne pas, sur n'importe quelle route.

Il y a toujours quelque objet, bien sûr, quelque centre en dehors de l'un, il y a de quoi trouver: quelques cartes, héritées de parents reniés, dont il ne s'agirait pourtant plus que de remplir les coins sombres; quelques parchemins se dissociant en poussière sous des doigts trop avides; quelques boussoles; quelques formes au sens oublié, creusées dans la matière de nos tendres surfaces:

Les stectonites de Stonehenge, le rêve de voir le soleil se coucher à l’endroit supposé, de voir s’ouvrir les portes de l’au-delà pour entendre quelques syllabes de la parole des anciens, de voir frémir les grandes lèvres des plus enveloppantes des matrices.

De voir le temps d'un coup, de manière à ce que la route de la mort à la naissance apparaisse comme praticable dans tous les sens, pour qu'apparaissent possibles les tergiversations, les retards, que semblent pouvoir être réinvestis de nos actes les instants de cuisants regrets.

Mais il n'y a pas de tav, pas d'oméga aux errances. S'en apercevant tôt ou tard, nous fuyons encore un peu en avant, puis nous arrêtons, nous disant pétrifiés de l'inutile.

C'est enfin dans l'hôtel d'Hilbert que nous trouverons demeure, là où, s'éveillant d'un sommeil léger, Cantor en camisole de force clame qu'aucun chemin ne saurait être réduit à un autre. Que l'infini ne saurait avoir de centre.

Mais partout là où l'infini s'articule à l'infini, il y a une porte, il y a un mot et le plus arbitraire des ordres : celui de l'alphabet, que l'on brassera bien encore quelques instants par jeu ou par folie.

Et de temps en temps, et tout à fait par hasard, un de nous profèrera le verbe de Dieu, sans même s'en rendre compte, pour l'oublier à l'instant.

cf. les mots.

 

 

 

Pour faire référence à ceci:
André Ourednik, "-aleph" in Traité de l'errance, 11.04.2008.
administrer| aleph| moteur:phpwiki
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